« La prise de risque n'est pas récompensée »


Alban Préaubert, 22 ans, reste un sportif à part dans le monde du patinage artistique. Anti-star par excellence, il poursuit ses études à l'ESCP-EAP tout en postulant à un podium au niveau international. C'est avec gentillesse qu'il a accepté de revenir sur sa jeune carrière.


N'est-ce pas trop lassant d'être toujours considéré comme « l'intello » du patinage français?

Non pas du tout. On ne me pose pas si souvent la question. De toute façon je n'ai pas de problème avec ça.


Justement comment gérez vous une carrière sportive et des études supérieures?

Plus jeune je ne pensais pas avoir les moyens de faire du sport de haut niveau. Le patinage a toujours été une passion mais je n'imaginais pas continuer après le bac. Mais le fait est que j'ai obtenu mon bac scientifique avec mention très bien tout en réalisant ma meilleure année sportive avec une médaille de bronze au championnat du monde junior. Je me suis rendu compte alors que j'avais les moyens de faire une petite carrière. J'ai donc décidé de ne pas faire de classe préparatoire faute de temps et de structure scolaire. Je suis donc passé par une fac éco-gestion à Ivry avant de réussir le concours de l'ESCP-EAP en 2005. Cela me permet de continuer sur les deux tableaux et c'est très important pour moi car je sais qu'une carrière est précaire et savoir que j'aurai bientôt un diplôme me permet d'être serein et de profiter un maximum du plaisir de patiner.


Comment cette double vie se traduit-elle au quotidien?

L'aménagement à l'ESCP permet d'étaler les 3 années d'études sur 6 ans. Je n'en ai pas profité pour mes 2 premières années mais je compte faire ma dernière année sur 2 ans. Ceci dit, les journées sont longues. Je suis en cours le matin de 9h à midi et je m'entraîne l'après-midi avec 2 ou 3 séances.


Vous vous entraînez actuellement avec Annick Dumond, pourquoi avez-vous eu l'envie de travailler avec elle?

Effectivement je travaille avec elle depuis 2 ans et demi maintenant. J'ai commencé ma carrière à Charleville-mézières avec Elena Issatchenko. Cela se passait très bien mais j'ai du partir à 18 ans sur Ivry. Là-bas j'ai travaillé avec Philippe Pelissier, un très bon technicien mais trop froid dans la communication. J'avais besoin de quelqu'un de plus ouvert et une tension a commencé à naître. J'ai alors ressenti le besoin de changer. J'ai rencontré Annick à Courchevel lors d'un de ses stages. Sa manière de travailler en équipe m'a beaucoup plu. L'encadrement est de très bonne qualité et je me sens vraiment très bien à Champigny.


Un nouveau programme


Vous patinez cette année sur le thème de la famille Adams...

Je viens juste de le changer. C'est une petite surprise. J'avais depuis le début de saison un programme sur le thème de la famille Adams et on en a travaillé un autre à l'entraînement sur une musique de Garry Moore « Parisienne Walkways ». C'est quelque chose de plus lent et moins excentrique que d'habitude. On me reprochait souvent d'être dans un registre humoristique et je veux montrer que je sais aussi faire autre chose.


Y aura-t-il un quadruple dans ce programme ?

Je ne sais pas encore car je sors à peine d'une blessure et de séances d'infiltrations. La préparation a été difficile. Mais on verra en fonction des entraînements si je peux le tenter.


Justement, peu de patineurs savent réaliser cette figure en compétition, mais elle n'est pas toujours bien récompensée par les juges...

C'est le gros problème. J'ai énormément progressé cette année avec notamment ce saut que je passe régulièrement comme au Bompard mais la prise de risque n'est pas récompensée. Un beau triple vaut un quadruple moyen même si c'est beaucoup plus dur. Il vaut presque mieux tenter un programme moins dur mais plus propre. Le quadruple est important mais il faut être sur de pouvoir le passer. En plus il puise beaucoup d'énergie. En début de saison j'avais beaucoup de difficultés pour terminer le programme. Mais je suis aujourd'hui plus endurant donc il n'y a plus de problème à ce niveau là.


Pas maître à 100% du résultat


Comment se passent les relations entre les patineurs de l'équipe de France?

Tout va très bien avec Brian Joubert et Yannick Ponsero. On s'entraîne ensemble tous les étés. C'est très bien d'avoir un groupe aussi fort même si nous avons tous eu des pépins cette année. On a peut-être le meilleur groupe de garçons au monde. On a hâte de montrer ce que l'on vaut.


Le patinage a la particularité d'être un sport amateur en compétition puis professionnel en gala, est-ce une perspective qui vous intéresse?

Ce n'était pas quelque chose qui me tentait. Je ne trouvais pas ça très stimulant, je préfère de loin la compétition. Mais je me suis rendu compte que cela pouvait être une très bonne transition entre ma carrière sportive et ma carrière professionnelle. J'envisage de faire 1 ou 2 ans de gala. Pas plus.


Vous dites souvent : « L'important n'est pas de surpasser les autres mais de se surpasser soit même ». Faut-il y voir une phrase toute faite ou bien une conviction profonde?

Non, c'est une conviction. J'utilise cette phrase depuis plusieurs années. Dans ce sport, il faut bien savoir que l'on n'est pas maître à 100% du résultat à la différence d’autres sports comme l'athlétisme. Je me rend compte que la satisfaction à la sortie d'une compétition dépend plus de mes sensations sur la glace que du résultat. C'est vraiment une phrase à laquelle je crois.


Alban Préaubert
© 2008